Environnement et société

Le miel bio : est-ce vraiment écolo ? Nos apiculteurs répondent

Avec une croissance de 1,4 milliard d’euros en 2018, le marché du bio en France est loin de battre de l’aile. Bien au contraire ! Fruits et légumes, crèmerie, épicerie, cosmétique… Des alternatives bio à tous nos produits préférés prolifèrent à tous les coins de rues. Argument marketing ou gage de qualité, peut-on faire confiance à ce label pour choisir son miel ? On arrête de tourner autour du pot et on fait le point sur le miel bio avec nos apiculteurs et partenaires. ​

C’est quoi, un miel bio ? 

Pas toujours évident de comprendre ce qu’il se cache derrière la mention « bio ». Sachez qu’en France, un miel est bio quand il est conforme aux exigences du cahier des charges de l’Agriculture Biologique. Sa certification indique qu’il respecte l’ensemble des règles qui définit un mode de production spécifique et les conditions d’élevage des abeilles

Les critères d’un miel bio français

  1. ​Les abeilles sont issues d’une exploitation bio et vivent dans une ruche construite en matériaux naturels.
  2. La ruche est installée dans un espace qui ne présente aucun risque pour la santé de la colonie (autoroutes, zones industrielles et décharges par exemple).
  3. L’apiculteur est en mesure de certifier que les sources de nectar et de pollen sont constituées essentiellement à partir de cultures sans pesticides (dont on connaît l’impact sur les abeilles) et/ou d’une flore spontanée dans un rayon de 3 km.
  4. L’utilisation de produits artificiels d’alimentation ou vétérinaires est autorisée. Elle intervient notamment lorsque la survie de la colonie d’abeilles est compromise. Ces derniers doivent être issus de l’Agriculture Biologique.
  5. La récolte de miel est menée de façon à laisser des réserves suffisantes aux abeilles, pour un hiver sans encombres. Eh oui, les produits de la ruche, dont le miel fait partie, existent avant tout pour le bien-être de la colonie. ​

En 2015, on compte environ 600 apiculteurs français labellisés bio, soit 14% seulement du cheptel national. Vous l’aurez compris, n’est pas miel bio, qui veut !

Quelles sont les limites du miel bio ?

Une démarche qui a un coût

​Si un tel cahier des charges permet d’encadrer précisément le travail de l’apiculteur et la récolte de miel, il implique souvent une démarche coûteuse sur le long terme. En effet, une fois la certification du miel accordée, il faut débourser une cotisation annuelle oscillant entre 600 et 1000€ pour la conserver.

« Beaucoup d’apiculteurs font de très bons miels dans des régions sauvages et naturelles. Mais, ils n’ont pas les moyens de payer pour être labellisés bio. »

Rémi, fondateur de Miel Factory

​Selon Rémi, fondateur de Miel Factory, cette contrainte de coût n’est pas à négliger et peut malheureusement sanctionner des miels d’une excellente qualité. De quoi filer le bourdon aux petits producteurs ayant déjà des difficultés à vivre de leur apiculture. 
C’est pourquoi, beaucoup d’entre eux, comme Khagan, apiculteur à Montreuil, préfèrent s’engager pour une apiculture écologique. Pour ce passionné, on a bien plus à gagner en respectant le fonctionnement même des abeilles. Bien au-delà des contraintes d’un cahier des charges, il prône une démarche qui a du sens, où le seul rôle de l’apiculteur est d’offrir un toit à la colonie, en minimisant les interventions. « Cela fait 135 millions d’années que les abeilles sont sur Terre, elles savent très bien se débrouiller. Il faut arrêter de les prendre pour des imbéciles qui ont besoin de cadre. » Voilà qui est dit !

Miel de Cuba récolté dans l’un des rares pays à pratiquer une agriculture sans pesticide.

Cependant, même si la pollution semble être partout, il existe encore des régions dans le monde où les abeilles vivent de manière complètement sauvage dans des environnements vierges de toute intervention de l’Homme. Forêts équatoriales d’Afrique, forêts primaires d’Amazonie… Ce sont dans ces milieux où la biodiversité est préservée que l’on peut trouver des miels parmi les plus pures du monde.

La question des miels non-français

Le label bio, qui murmure à notre oreille la promesse d’une qualité irréfutable, est devenu un vrai réflexe pour certains. S’il peut être pertinent pour les produits français notamment, il est bon de ne pas toujours se ruer dessus dare-dare. 
En effet, il faut savoir que la législation sur l’Agriculture Biologique n’est pas universelle. Ainsi, les produits importés d’Espagne, d’Ukraine ou encore de Chine ne répondent pas aux mêmes normes. Jeter un œil sur l’origine de votre miel avant de le glisser dans votre panier prend alors tout son sens.

Le miel 100% bio, c’est possible ?

On peut facilement plaisanter en se demandant comment les abeilles font pour butiner bio. Et les sceptiques du label se donnent à cœur joie d’utiliser cet argument ! Compliqué de les contredire surtout lorsque l’on sait que le miel n’est pas obligatoirement soumis à analyse (contrairement à l’entretien des ruches et leur environnement, qui eux sont contrôlés régulièrement pour l’obtention et le maintien de la labellisation bio). ​

La traçabilité comme gage de qualité

Chaque année, les Français consomment 40 000 tonnes de miel tandis que les ruches tricolorent n’en produisent que 16 000 tonnes. Cet écart mathématique indéniable laisse ainsi le champ libre aux miels bon marché et/ou venus de l’étranger. Et avec eux, un panel d’anomalies : origine de production floue, composition non conforme… La liste est longue !

  • Sucre ou sirop de glucose ajouté
  • Miel chauffé
  • Origine absente ou erronée
  • Mentions valorisantes abusives…

Si ces manquements à la règle touchent beaucoup de miels conventionnels, les produits bio n’y échappent pas ! Pour s’en rendre compte, il suffit de se rendre en supermarché. En parcourant rapidement les étiquettes, on constate que certains miels bio affichent des mentions douteuses comme « Mélange UE et hors UE ». Dans ce cas, la traçabilité n’étant pas au rendez-vous, il est préférable de trouver une alternative.

 
En juillet 2019, le gouvernement français annonce un projet de décret visant à renforcer l’étiquetage des miels. Le(s) pays d’origine(s) devront être explicitement mentionnés. On attend avec impatience la date d’application de ce décret !

Via Giphy

Alors, comment bien choisir son miel bio ? 

Trouver du miel, du bon, du vrai n’est pas chose facile ! Commercialement, le label Agriculture Biologique (AB) semble être un critère pertinent pour choisir son miel. Ce n’est pas celui que préfère Rémi, de Miel Factory. Pour lui, traçabilité, provenance et confiance sont le trio gagnant pour choisir son miel. 
Ainsi, la vente directe auprès d’un apiculteur local est le meilleur moyen de dénicher un miel de qualité. Vous pouvez vous assurer que le miel est récolté dans le respect des colonies, sans produits de synthèse. Et cela vous donne l’occasion d’en savoir un peu plus sur les abeilles, le métier d’apiculteur et pourquoi pas, avoir la chance de goûter à votre miel avant d’en ramener un pot à la maison ! ​

« Si on veut un miel de qualité, il faut accepter d’en payer le prix. »

Khagan, apiculteur à Montreuil

​Le prix est également une bonne indication de qualité, selon Khagan. Si un pot de miel ne vous coûte que quelques euros, il est difficile d’imaginer que les producteurs puissent être rémunérés à la hauteur de leur travail. 
Enfin, même si elles ne sont pas obligatoires, la mention « Récolté et mis en pot par l’apiculteur » ainsi que l’origine du lieu de récolte sont des éléments-clé de transparence.

Les labels AOC et IGP pour valoriser les productions locales

​Si vous n’avez pas la chance de connaître un apiculteur à deux pas de chez vous, les labels garantissant un savoir-faire régional peuvent être une bonne option pour le choix de votre miel. 
En France, cinq terroirs sont labellisés : les IGP (Indication d’Origine Protégée) Miel d’Alsace, Miel de Provence, Miel des Cévennes et les AOC (Appellation d’Origine Contrôlée) Mele di Corsica, Miel de sapin des Vosges. Rendez-vous du côté des épiceries fines et/ou spécialisées, où fleurissent des sélections souvent pointues de miels français. 

On laisse le mot de la fin à Khagan, un de nos apiculteurs partenaires : « Le miel est un trésor à respecter. » Acheter de manière responsable, auprès d’apiculteurs locaux, c’est LE geste simple pour sauver les abeilles et soutenir une production française de qualité. Que le miel choisi soit bio ou non.
​Alors, à vous de jouer !

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