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L’impact des pesticides sur les abeilles

Les pesticides et néonicotinoïdes, c’est quoi ?

Depuis les années 90, on utilise massivement les pesticides. On distingue trois familles de pesticides : les fongicides pour lutter contre les champignons et moisissures, les insecticides pour lutter contre les insectes et les herbicides contre les mauvaises herbes. Tous permettent de lutter contre des éléments extérieurs à la plante qui pourraient empêcher son développement et ainsi réduire le rendement de l’agriculteur.

Parmi les insecticides, la famille des néonicotinoïdes est celle qui est le plus utilisée (environ 40% du marché mondial des insecticides agricoles) car c’est la plus efficace contre les insectes. Bien que les insecticides soient le plus souvent répandus par épandage sur les cultures, les néonicotinoïdes eux sont le plus souvent utilisés en enrobage des semences, de manière préventive. On les retrouve principalement sur les cultures de maïs, soja, orge, tournesol, colza, etc. Ce mode d’utilisation est qualifié de systémique car la substance active va être absorbée par la plante et va pouvoir circuler dans l’intégralité de son système : dans les feuilles, les racines, le pollen mais aussi le nectar. Contaminant ainsi l’ensemble de la plante et les insectes pollinisateurs lorsque ceux-ci viennent butiner la fleur.

Un autre problème avec ce type d’insecticide : en moyenne seulement 10% de la substance active qui enrobe la semence va être absorbée par la plante. Les 90% restants sont rejetés dans le sol contaminant durablement la terre mais aussi les nappes phréatiques si les molécules sont solubles dans l’eau.

Les études scientifiques s’accordent pour dire que les néonicotinoïdes sont hautement néfastes pour les insectes pollinisateurs. Mais ce ne sont pas seuls touchés : les animaux rampants au sol, nageant dans les cours d’eau, les oiseaux, etc. seraient eux aussi touchés par ces insecticides.

Leurs effets sur les insectes pollinisateurs !

Les néonicotinoïdes sont des substances neurotoxiques qui, même à de très faibles doses, agissent sur le système nerveux des insectes. Si les doses sont trop faibles pour tuer directement l’insecte, elles altèrent durablement leur comportement : désorientation, capacité de reproduction, faculté d’apprentissage, développement plus lent, etc.

Une étude menée par 7 chercheurs anglais du centre pour l’écologie et l’hydrologie de Wallingford et de Fera Science Limited, a montré que « depuis 2002, l’usage des néonicotinoïdes sont à eux seuls responsables d’une perte supérieure à 20 % pour cinq espèces d’abeilles sauvages ». Les chercheurs ont étudié l’impact des pesticides sur les insectes et particulièrement sur les abeilles sauvages sur 18 années (de 1994 à 2012) en croisant des données nationales avec l’exposition des champs de colza aux néonicotinoïdes. Pour cela, ils se sont appuyés sur les relevés minutieux d’entomologistes de la société Bees, Wans and Ants Recording.

L’étude conclut en affirmant que les espèces butinant des champs de colza ont un taux de mortalité trois fois plus élevé que la normale.

Pour ceux qui doutent encore du lien entre l’utilisation des pesticides et mortalité des abeilles, voici 3 études scientifiques qui vont vous faire changer d’avis : étude 1étude 2étude 3 Il faut cependant nuancer en rappelant que la disparition des abeilles est un phénomène multifactoriel et n’est pas entièrement du fait des pesticides. Le changement climatique, le manque de biodiversité sont aussi des facteurs très importants dans le déclin des colonies d’abeilles.

Et le gouvernement dans tout ça ?

Depuis fin 2013, les néonicotinoïdes sont sous l’objet d’un moratoire partiel en Europe. Trois molécules, l’imidaclopride (commercialisé sous le nom de Gaucho), la clothianidine (Poncho) et le thiaméthoxam (Cruiser), sont interdites sur la plupart des cultures (tournesol, maïs et colza).

La France, a quant à elle prit la mesure de la situation et a voté en août 2016 la « loi de la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages ». Cette loi prévoit d’interdire tous les néonicotinoïdes sous le joug du moratoire européen mais en rajoute aussi quatre de plus. Ce sont donc au total 7 néonicotinoïdes dans les mélanges ou semences traitées qui seront interdits d’ici le 1er septembre 2018. Des dérogations peuvent cependant être accordées après l’avis de l’agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) pour une utilisation jusqu’en 2020.

Plus récemment, on assiste à une véritable révolte du monde de l’apiculture face à l’autorisation du sulfoxaflor par l’ANSES, un pesticide qui n’est pas classé dans la gamme des néonicotinoïdes mais qui agit de la même façon. Nicolas Hulot, ministre de l’écologie, assure que l’ANSES devrait revoir sa décision suite à la réception de données complémentaires … à suivre !

En Europe, le combat continue en ce moment même avec le vote pour l’interdiction du glyphosate d’ici 5 ans au parlement européen. Pour rappel, Le glyphosate est l’ingrédient actif du Roundup, herbicide le plus utilisé au monde, mis sur le marché par Monsanto en 1974.

Et maintenant, on fait quoi ? Maintenant on trouve des alternatives aux pesticides et on initie une transition de notre conception intensive de l’agriculture vers une conception agro-écologique et respectueuse de l’environnement et des abeilles

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